Petit écran

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Ne le dis à Personne

Vu le 21/11/2006 à l’UGC George V salle 5

J’adore les poursuites à pied. Celles des deux Les Rivières Pourpres sont bonnes surtout dans premier film ou comment transformer un banal deux cents mètres en une scène haletante avec une chute drôle et inattendue. Dans Les Marchands de sables de Pierre Salvadori, Mathieu Demy tente désespérément de se sortir des rues parisiennes sombres et labyrinthiques pour échapper à des truands. Côté américain figurent entre autre l’introduction de Narc très cut et la poursuite dans Memento où le héros se demande s’il poursuit quelqu’un ou s’il est poursuivi! Plus récemment, la longue course de Tom Cruise dans Mission Impossible 3 dans une rue en Chine est très haletante.

On peut déjà sans doute dire que la longue poursuite dans Ne le dis à personne, morceau de bravoure du film, va faire autorité, surtout sa conclusion très bien vue dans une cité et la traversée du périphérique parisien où Alex (François Cluzet) provoque un carambolage affolant.

Après un premier film, Mon Idole, inégal, pas très rythmé mais vraiment sympathique et plutôt imaginatif, Guillaume Canet change de genre et adapte le best seller Ne le dis à personne de Harlan Coben où un médecin veuf reçoit un email de sa femme censée être morte depuis huit ans dans des circonstances atroces… un thriller qu’on n’attendait pas forcément en France mais plutôt outre atlantique chez les hollywoodiens friands d’adaptation de livres à succès.

Guillaume Canet se prête au jeu avec panache et un souci constant du rythme et transcrit l’intrigue en lui donnant un côté très français inscrit dans le milieu rural avec ses bourgeois provinciaux corrompus, ses courses hippiques et sa loi du silence où les règlements de compte ne peuvent se faire que dans l’ombre à coup de fusil de chasse!

Son adaptation respecte aussi les codes « à l’américaine » à travers ses personnages notamment des méchants aussi énigmatiques que terrifiants et comme omniscients particulièrement toute la bande à Velanti, joué par Olivier Marchal, et la femme qui l’accompagne faisant le sale boulot. Astuce classique du thriller, l’ami-dévoué-qui-ne-pose-pas-de-question prend ici la forme d’un truand réglo des banlieues. Il est purement jouissif dès qu’il apporte son aide au héros traqué par la police. Dans ce rôle, Gilles Lellouche est incroyable et drôle.

Alex et son ami dévoué

Le casting est d’ailleurs excellent jusqu’aux touts petits rôles. On croise Jean Noël Brouté (hilarant dans Le Parfum de la Dame en noir) en docteur et surtout un excellent Jalil Lespert en petite frappe des cités. En amoureux obstiné et embarqué dans une aventure qu’il ne comprend pas, Cluzet est parfaitement à l’aise.

Ce thriller est donc réussi de bout en bout. Guillaume Canet a été plus que généreux avec ce film sans jouer de sa belle gueule (c’est le moins que l’on puisse dire d’ailleurs vu son rôle). Et le final qu’on devine depuis le début (on revient toujours au lieu du début) demeure superbe à un cerf près et très bien illustrée par la musique de M très inspiré.

Au sujet des droits d’adaptation Harlan Coben disait : « Guillaume Canet m’a appelé pour me demander les droits du livre, mais ils étaient déjà vendus à Hollywood. Mais les droits me sont revenus, Guillaume m’a redemandé et je lui ai donné sa chance ». Il a très bien fait.

Difficile de dire si le film résistera bien à une seconde vision sur un petit écran, si l’intrigue n’est pas trop balancée sur la fin, si le pathos n’est pas trop grandiloquent… mais au fond qu’importe, Ne le dis à personne est pour moi un film parfait à voir au cinéma. C’est simple, j’étais tout fou. Bravo!

Fiche Allociné



5 commentaires à “Ne le dis à Personne”

  • Petit écran » Casino Royale

    [...] Son côté buté est moins apprécié. L’hallucinante poursuite à pied (et j’aime les poursuites à pied) avec une sorte de Yamakasi est sans nul doute le clou du film en terme d’action. Elle oppose deux hommes et deux styles clairement identifiables ce qui permet une caractérisation de celui de James Bond qui dévoile une personnalité, astucieuse, brute (il traverse superbement le placo!) et volontiers bornée puisqu’il mettra en péril sa mission. Et il y a ce moment, un des plus intéressants du film, où Bond, en costume sur mesure, se regarde et s’admire dans le miroir avec un air suffisant. Loin du discret côté anglais « je suis tellement supérieur aux autres », l’arrogance du personnage ici nous explose à la gueule. C’est dans ces moments où Daniel Craig excelle le plus. Son élégance, ses manières non pas naturelles mais comme acquises (comme se lever mécaniquement quand une femme quitte la table), et son corps donnent l’image d’un prolo qui s’est fait tout seul, un parvenu, un gagnant à mille lieue de la classe naturelle et britannique de Pierce Brosnan. [...]

  • Harald

    Je reste mitigé quant à ce film. Il a de réelles qualités, c’est indéniable, ceci dit, j’ai trouvé ça et là des longueurs et surtout ce que je crois être une incohérence. Comment le groupe de tueurs à ses trousses a-t-il pu savoir que le lieu de rendez-vous avec son épouse présumée morte se trouvait au parc Monceau alors qu’il découvre la clé du code dans un cybercafé où ils n’avaient pas pu installer de système de surveillance?

    Ceux qui ont lu le livre ne se sont peut-être pas rendu compte de cela, ce qui n’est pas mon cas.

  • Aska

    Je n’ai pas lu le roman et j’ai noté également cette incohérence. Cependant, je trouve que ça va très bien avec l’idée d’un ennemi omniscient et donc terriblement menaçant.
    Je pense même que c’est volontaire et la scène qui expliquerait le pourquoi du comment pouvait passer à la trappe dès le script ou peut-être au montage pour des raisons de rythme.

    ps: désolé pour le postage tardif de votre réponse.

  • Zilch

    “Comment le groupe de tueurs à ses trousses a-t-il pu savoir que le lieu de rendez-vous avec son épouse présumée morte se trouvait au parc Monceau alors qu’il découvre la clé du code dans un cybercafé où ils n’avaient pas pu installer de système de surveillance?”

    les plus physionomistes remarqueront que le type qui donne la priorité a Alexandre a l’entree du cinema est le meme qui vient s’assoir a ses cotes, on le retrouve plus tard dans le van a sa gauche pendant que la nageuse est_allemande torture le protagoniste, durant la tentative d’enlevement.

  • Petit écran » Trop top (2006)

    [...] 4 – Ne le dis à personne (mon commentaire) 3 – V For Vendetta Le film n’est pas aimé par tout le monde. Je repense notamment à cette référence de « téléfilm de luxe ». Pourtant quelle séance de cinéma ! Une belle histoire d’amour sur fond de totalitarisme avec une Natalie Portman merveilleuse. Je l’ai revu récemment en DVD et la magie opère toujours. [...]

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